On a assisté ce 13 octobre à un détournement massif de mineurs en direct à la télé, de la façon la plus ouverte, évidente, il faut bien dire obscène, “sur le devant de la scène”, live et non stop sur toutes les chaînes mondiales, et Bertrand Delanoë n’a rien fait et pas bronché, lui qui s’est fait le champion de la nouvelle mode d’auto-censure bobolitically correcte, avec son interdiction préventive de l’exposition à Paris du photographe Larry Clark, pas du tout exigée par un magistrat ou par une association intégriste monothéiste.

On a dû subir les images révoltantes de trente-trois mineurs se faisant peloter et bécoter l’un après l’autre par un insatiable qui recommençait chaque fois ses gestes appuyés, le milliardaire Pinera — un nom dont les deux premières syllabes me paraissent tout à fait suspectes. Ce personnage par ailleurs surnommé “le Berlusconi chilien” aurait prétexté, pour justifier l’organisation de ce spectacle, qu’il serait le président du Chili. A d’autres !

Il détourne l’attention du vrai scandale : l’exploitation éhontée des corps et des sentiments des mineurs. Pourtant les journalistes ont été clairs, ils ont répété le mot toute la journée, on a bien entendu : ceux que ce type manipulait pour se faire reluire étaient bien tous des mineurs !

Il en a profité pour lancer la carrière littéraire d’un de ses protégés dont il tâtait les muscles sous l’oeil des caméras devant la planète entière ( c’est dégoûtant ! ) : un des mineurs, Victor — prénom cousu de fil blanc pour profiter de l’aura des Misérables — aurait noirci des centaines de pages dans la back-room souterraine ; un best-seller est assuré après toute la publicité autour de sa mise à l’air. Il semble donc que le prix Nobel de littérature à Mario Vargas Llosa fasse des émules en Amérique du Sud (tant mieux).

Sebastian Pinera a été battu par Michelle Bachelet à la présidentielle de 2005. Vainqueur en 2009 parce qu’elle ne pouvait pas se représenter, il est le premier président de droite depuis vingt ans et son entrée en fonctions a coïncidé avec le tremblement de terre de février 2010, la pire catastrophe du pays depuis le coup d’Etat meurtrier et la dictature sanglante de Pinochet. La reconstruction est prévue pour coûter 8,5 milliards d’euros, chiffre provisoire. Les erreurs et impérities du gouvernement avaient aggravé le séisme : d’où les papouilles aux mineurs, pour les compenser, les maquiller, les faire oublier.

Quelques-unes des innocentes victimes du détournement médiatique de mineurs avant leur livraison au monstre : au Minotaure de la pub politique.

Photo du film « Ken Park » de Larry Clark et Ed Lachman en 2003:

LarryClark
Scène du film « Ken Park »