Jack Lang: « Roman Polanski a droit à un peu de respect »

Ariane Dayer

Jack_Lang1Quel sentiment cela vous inspire-t-il?
D’abord, je veux dire que Roman Polanski est un immense créateur, qui honore le cinéma. Il est à la fois Polonais, Français, Suisse, il est profondément européen. Ensuite, la Suisse est un pays de civilisation et de civilité, une démocratie authentique, qui a un sens profond d’ouverture au monde, aux droits individuels, à la dignité. Je m’exprime ici à la fois en tant qu’homme de culture, professeur de droit et admirateur de la Suisse. Je ne veux pas naturellement m’immiscer dans ses affaires intérieures mais je ne peux pas croire que la Suisse prendra la décision d’extrader Roman Polanski.

Les autorités suisses semblent penser qu’on ne peut pas refuser une extradition. Vous soutenez qu’on peut?
Bien sûr. Ce n’est pas une compétence liée – comme on dit en droit – il y a une part d’appréciation qui repose sur l’analyse du dossier. Or, la justice américaine refuse, ici, de communiquer toutes les pièces. Une autorité ne peut pas prendre une décision d’extradition sans les connaître. J’admire les institutions suisses, c’est le pays le plus démocratique d’Europe. Je ne peux pas imaginer que la Suisse que j’aime puisse livrer à la justice américaine Roman Polanski dans ces conditions. Votre ministre de la Justice est une femme de haute conscience, elle aura à coeur d’apprécier en tenant compte et du droit et de l’équité. Je fais confiance aussi à la sagesse des autorités juridictionnelles.

Le problème, c’est que Roman Polanski est coupable.
Il a payé, il a été emprisonné. Il a déjà répondu de ses actes devant la justice américaine il y a trente ans. Un accord a été conclu avec la famille, et la victime elle-même souhaite que ce dossier ne soit plus rouvert. Il faut respecter sa volonté.

Oui mais le dossier a été rouvert par la justice américaine.
L’affaire avait été considérée close. Un juge a rouvert le dossier pour se faire de la publicité sur le dos de Polanski. C’est contraire à l’idée que l’Europe se fait de la justice, qui doit être au-dessus des factions, des sectarismes et de l’esprit partisan. Imaginez aussi qu’un candidat à la fonction d’attorney general a tenu, récemment, une soirée où il appelait les donateurs à financer sa campagne. Son argument principal: s’il est élu il s’acharnera contre Polanski. On voit bien que, dans ce dossier, il y a des manipulations, des dysfonctionnements. Cela suffit à démontrer que si Roman Polanski était envoyé aux Etats-Unis, il serait livré à un système qui n’est pas le plus juste du monde.

Vous pensez que les Etats-Unis le mettraient en prison?
Je l’ignore, mais on peut tout craindre. Ce serait trop injuste, trop inhumain et trop contraire à l’esprit du droit.

Cette Suisse humaniste que vous louez a tout de même tendu un piège à Polanski. Elle l’a mis en prison alors qu’elle l’avait invité pour lui remettre un prix. Cela vous a épouvanté?
Je refuse d’utiliser des mots pareils. J’ignore ce qui s’est vraiment passé. Il arrive dans n’importe quel pays qu’un faux pas puisse être commis, qu’un excès de zèle puisse se traduire par une décision inattendue. C’est vrai que ça a surpris. Voilà un homme qui vient en Suisse en permanence, qui aime ce pays, qui y achète une maison, qui a confiance pleinement dans l’hospitalité de la Suisse. Voilà que, invité par un festival qui allait lui remettre un prix, il se retrouve arrêté. C’est une situation étonnante.

Il s’agit tout de même d’un cas d’abus sur une fille de 13 ans, c’est grave!
Je suis évidemment contre tout acte de violence. Mais il y a eu, selon la procédure américaine, un accord conclu entre la famille de la jeune fille, le magistrat et Roman Polanski. Et cet accord a été ensuite remis en cause. Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, qui offense le bon sens.

Cela ne tourne pas rond dans la tête de ce juge ou dans la justice américaine en général?
Le système judiciaire américain peut parfois avancer comme une machine infernale, qui broie les gens. Ne généralisons pas, il y a des juges honnêtes et justes. Mais les excès ne sont pas rares.

Une nouvelle plainte vient d’être déposée par une actrice qui affirme avoir été abusée par Polanski quand elle avait 16 ans. Ça commence à faire beaucoup, non?
C’est à l’évidence une nouvelle manipulation. Cette personne, qui n’a jamais porté plainte, surgit en pleine campagne d’élection des juges. On sait aussi qu’elle a continué ultérieurement à tourner avec Roman Polanski. Ce nouvel épisode confirme mon sentiment que la chasse à l’homme est organisée sur un arrière-fond de manigances politiciennes, Plus que jamais, il convient de garder sa sérénité et son calme.

La justice ne doit-elle pas être la même pour tout le monde?
Naturellement. Je ne demande pas un privilège particulier pour Roman Polanski. Mais il ne faudrait pas, à l’inverse, prendre le risque qu’il soit victime de sa célébrité. C’est un homme qui a 77 ans. Cela ne veut pas dire qu’il doit bénéficier d’avantages particuliers mais il a droit à un peu de respect.

Marine Le Pen dénonce la «caste protégée du showbiz». N’a-t-elle pas raison?
Je n’ai pas le sentiment que Roman Polanski soit protégé. Pour le moment, il est inquiété, contraint et vit sous le coup d’une menace. Qui supporterait cela? Ne voyez pas en moi quelqu’un qui serait favorable à je ne sais quel privilège. Je passe ma vie à défendre des personnes qui ne sont pas connues, qui n’ont pas pignon sur rue. Des sans-papiers qui sont menacés d’expulsion. Si un cas du même genre se présentait pour quelqu’un d’inconnu, je le ferai avec la même conviction. L’injustice est quelque chose qui me touche, c’est la raison de mon action civique depuis toujours. Je me suis engagé quand j’étais lycéen, j’avais 15 ans, pendant la guerre d’Algérie, parce que je ne supportais pas qu’on porte atteinte à la dignité des personnes.

Connaissez-vous personnellement Roman Polanski?
Oui.

Lui avez-vous rendu visite à Gstaad?
Non, je lui parle au téléphone. Je pense aller le voir bientôt.

Il a quand même un avantage: s’il n’était pas Polanski, il serait en prison et pas dans son chalet?
Avec des si, on peut faire beaucoup de raisonnements. S’il n’était pas Polanski, peut-être que le juge américain ne l’aurait-il pas pourchassé de cette manière.

Imaginer le créateur que vous admirez avec un bracelet au pied, cela vous choque?
Ça me fait mal.

Avez-vous appelé Eveline Widmer-Schlumpf, notre ministre de la Justice?
Je n’ai pas osé. Je ne veux pas que cela soit ressenti comme une immixtion dans les affaires d’un pays que je respecte. Je préfère m’exprimer dans cette interview, comme citoyen attaché au respect de la dignité et du droit.

Parlez-vous aujourd’hui parce que vous êtes inquiet pour lui?
Le temps passe. J’imagine que Roman Polanski vit une situation douloureuse. C’est un homme courageux mais il y a un moment où la situation devient difficile à vivre.

Auriez-vous pu imaginer qu’un jour Polanski soit arrêté?
Absolument pas.

Vous n’étiez pas inquiet pour lui?
Nullement. Il n’était pas inquiet lui-même, il était en permanence en Suisse.

Que lui souhaitez-vous?
Cet homme a beaucoup apporté à l’art, à la culture, à l’Europe. Je souhaite qu’il puisse continuer à travailler librement. Et à inventer. Son dernier film est un nouveau chef-d’oeuvre. Votre pays se grandirait en permettant à Roman Polanski de poursuivre librement son travail au service de l’art et de la culture. Comme citoyen attaché au respect de la dignité et comme ami de votre pays, je souhaite de tout mon coeur que la Suisse nous apporte une bonne nouvelle.

 Connaissez-vous la Suisse?
Oui, j’y suis venu très souvent adolescent. Nous allions en camp de vacances avec mes frères et soeurs. J’ai appris l’allemand à Zurich et à Saint-Gall. Récemment, ma fille Valérie, qui est comédienne, a joué plusieurs mois à Lausanne, dans ce magnifique endroit du théâtre de Vidy. J’ai été élevé dans l’idée que la Suisse est un pays humain en qui on peut avoir confiance. Quand on vient en Suisse, on se sent protégé.

Vous aussi?
Bien sûr. J’ai une admiration profonde pour les créateurs suisses. J’étais à Berlin la semaine dernière, invité par les «Theatertreffen». Dans mon discours, en allemand, j’ai beaucoup parlé du théâtre suisse, de Dürrenmatt, Max Frisch, Marthaler et de beaucoup d’autres. C’est vraiment un pays que j’aime beaucoup. Pour moi, la Suisse, c’est la culture, l’humanité, l’ouverture d’esprit, l’hospitalité. Un art de vivre, une incroyable diversité, le multilinguisme.

Une image d’Epinal!
Vous croyez? Eh bien disons que c’est une belle image.

C’est aussi un pays qui considère les gens de culture comme une caste privilégiée. Un trait qui ressort dans les courriers de lecteurs sur l’affaire Polanski…
On peut aimer ou ne pas aimer un intellectuel, une catégorie sociale ou une série d’individus. Mais il faut éviter que quelqu’un ne soit victime de sa notoriété, de son appartenance à la vie intellectuelle. De même qu’on ne va pas pénaliser quelqu’un parce qu’il est chef d’entreprise, ouvrier ou paysan. Nous devons tous lutter contre les préventions. La justice n’a un sens que si elle est capable de s’élever au-dessus des préjugés.

 Le Matin, le 15 mai 2010.


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11 commentaires sur «  Jack Lang: « Roman Polanski a droit à un peu de respect » »

  1. Peanut88 dit :

    Le LHC il fait tellement peur qu’il y a une indienne de 16 ans qui s’est suicidee. Je propose a M.Polanski d’avoir une pensee pour elle. (Attention il y a un piege).

  2. janey dit :

    Thank you Mr Lang.

    It is easy for us, the audience who is removed from the grasp of the LA District Attorney, to write and make our comment about Mr Polanski but the reality for him and his family must be terrible.

    The stress and embarrassment and fear of the unknown is traumatic.

    This would also be true for Mrs Geimer and her family.

    How could Mr Polanski expect fair treatment after so much publicity?

    Janey

    • JPWK dit :

      In decent order to provide an uttermost appropriate answer to janey’s question, anyone would say United States Judges are supposed to be wise enough to understand the case of pedo criminal Raymond Polansky deliberately pleading guilty in order to reach the nearest airport after assaulting a United States child under Narcotics, hence should criminals consideIn decent order to provide an uttermost appropriate answer to janey’s question, anyone would say United States Judges are supposed to be wise enough to understand the case of pedo criminal Raymond Polansky deliberately pleading guilty in order to reach the nearest airport after assaulting a United States child under Narcotics, hence should criminals consider the consequences of their acts before to say or take action.

      Moreover, should anyone wonder if pedo criminal Raymond Polansky would let anyone do, to his own children or grand children, what himself did to such a poor and innocent infant.

      In case unspecified socialists they took time enough to read the beneath said transcriptions, how can they pretend pedo criminals deserve any respect while the State of California was so villainously abused, unless they are part to some pedo criminal plot, conspiracy, network or lobby intended to spread crime, chaos and socialist disorder over this World Community.

      Furthermore, the minute the raped or abused infant had to be humiliated a second time before court and even a third while everybody now can read her testimony on the internet should such pedo criminal face responsibility, unless Switzerland intends to bear shame for him.

      Nevertheless, the said sexual offender would honor his wife and children while facing Justice instead of fleeing as a coward would do…, don’t you think? unless he shall be regarded as the innocent victim of such an evil little girl, acording to the Pedo Criminal Lobby.

      http://fr.wahooart.com/A55A04/w.nsf/Opra/BRUE-6WHK4P

      http://www.dailymotion.com/video/x9pif_laura-brannigan-self-control_musicr the consequences of their acts before to say or take action.

      Moreover, should anyone wonder if pedo criminal Raymond Polansky would let anyone do, to his own children or grand children, what himself did to such a poor and innocent infant.

      In case unspecified socialists they took time enough to read the beneath said transcriptions, how can they pretend pedo criminals deserve any respect while the State of California was so villainously abused, unless they are part to some pedo criminal plot, conspiracy, network or lobby intended to spread crime, chaos and socialist disorder over this World Community.

      Furthermore, the minute the raped or abused infant had to be humiliated a second time before court and even a third while everybody now can read her testimony on the internet should such pedo criminal face responsibility, unless Switzerland intends to bear shame for him.

      Nevertheless, the said sexual offender would honor his wife and children while facing Justice instead of fleeing as a coward would do…, don’t you think? unless he shall be regarded as the innocent victim of such an evil little girl, acording to the Pedo Criminal Lobby.

      …to MHK

  3. JPWK dit :

    Good morning Mister Secretary General,

    ” In order to, form a more Perfect Union, establish Jusice, insure the perennation of Peace, the empty space on the picture shows their is room enough at the Security Council for God’s christ alive his permanent seat, unless the International Pedo Criminal Lobby opposes the idea, while the Israel under such an uttermost appropriate circumstance or factor immediately would have ratified the NNPT hereby swapping its Arsenal for a Permanent veto the extraordinary event section would guarantee “.

    JPWK

    ps: unless the distinguished mister Polansky and his own unspecified french socialist friends or allies occupying the WEB as a network made of uggly spiders would they insist Proud Mary’s baby and party should be regarded as evil while pedophile fugitives may be granted an uttermost International Respect, perhaps?

  4. Affreujojo dit :

    “Je ne veux pas naturellement m’immiscer dans ses affaires intérieures mais je ne peux pas croire que la Suisse prendra la décision d’extrader Roman Polanski.”

    Cher Jack:
    Que tu t’immisce ou pas ne change pas grand chose aux décisions de la justice suisse, elle est indépendante et les pressions de personnalités ou ministres en exercice fonctionnent peut-être en France, mais pas en Suisse où le droit prime.
    Cela s’appelle la démocratie, tu sais, ça existait aussi encore en France il y a quelques années !

  5. Tony Kondaks dit :

    M. Lang, avec toute respecte, vous ne savez pas les faits de l’affaire Polanski. Allez a http://www.thesmokinggun.com, fait un search de “polanski” et lisez les documents des courts, specifiquement les transcriptions de Samantha Geimer a “Grand Jury” et les transcriptions de M. Polanski a “plea bargain”. Apres, vouv pouvez retourner ici et puis faire votre commentaire sage.

  6. Maxid Caustique dit :

    Bravo Jack Lang,

    Vous me rappelez enfin l’homme de convictions que j’ai plusieurs fois rencontre a Blois.

    Merci infiniment pour votre courageux support a Polanski.

    La Suisse a entre ses mains un homme qui a providentiellement survecu a la folie des laches, sur le sol europeen, au prix inimaginable du sacrifice des etres qui lui etaient chers! On ne peut traiter Polanski comme un vulgaire homme sans passe ni souffrances universellement reconnues comme relevant de la betise humaine poussee a son paroxisme!
    OUI POLANSKI MERITE DES CIRCONSTANCES ATTENUANTES ET SURTOUT DE LA COMPASSION! Cet homme est sans aucun doute plus qu’embarrasse par rapport a ses propres momes! L’interet de ses momes europeens doit aussi etre pris en consideration.
    Cette affaire a deja refait pas mal de victimes.

    Polanski doit etre libere sans DELAI!

    Rien qu’a ce titre, a savoir, une cause au dessus

  7. Peanut88 dit :

    Dites les Suisses, votre LHC il fait pas des trucs un peu tout bizarre? Faudrait p’tet lui mettre un coup de tournevis?

  8. christian dit :

    Quel menteur que ce Lang. Et dire que je l’admirais (Lang, pas Polanski), avant qu’il ne rallie la cause de Sarkozy. Quelle déception. Il prétend avoir appris l’allemand à Zürich et St-Gall, apparemment, il n’a aucune idée de la langue parlée dans ces deux villes: le «Schwiizerdüütsch», ou suisse allemand, un patois à couper au couteau qu’un Allemand (tel que je le suis, malheureusement) comprend à peine.
    Quant à prétendre que Polanski est courageux, drole de notion de courage. La lâcheté, c’est le courage, selon Lang, comme la guerre, c’est la paix selon Kouchner. Orwell, quand tu nous tiens…

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