Busnel François : jouir, dit-il
Vulgarisateur littéraire en peau de lapin, cumulard de pouvoirs divers dans le Landernau, binette dans les journaux, petite tête spécieuse sous effets spéciaux qui, à l’occasion, vous frappe en traître, Busnel François, puisque c’est de ce quart de demi-quelque chose dont il s’agit ici, clôt cette semaine sa rubrique magazinière dans l’Express (passée d’Angelo Rinaldi, qui en tomba de sa chaise, au dit Busnel) sur Clara Malraux biographée par l’excellente Dominique Bona, par ce mâle borborygme : « Un destin hirsute. » Vous avez bien lu. Clara Malraux : un destin hirsute. Peut-être le Robert éclairera-t-il notre lanterne. « Hirsute : garni de longs poils très fournis » ; au sens littéral : « ébouriffé, échevelé » (dont les cheveux sont en désordre) ; au sens figuré : « inculte, touffu. » Bref, Clara Malraux hirsute, ébouriffée, échevelée, inculte, touffue. Pardon, pas elle, non ; son destin.
Après cette xième busnelerie — il n’en est pas à son coup d’essai —, revenons au plaisantin hebdomadaire pas ébouriffant pour un sou et tout aussi dépourvu du moindre destin, hirsute ou pas hirsute, qui se permet pareille goujaterie, pour ne pas dire plus. Mettons que Busnel François, héritier chéri des révolutions littéraires du Poitou-Charentes du siècle dernier, soit né à l’île de Ré, qu’il prononçait, tout précoce déjà en notre verte langue, « île de nez ». Nez-sens, lui serine en vain depuis quinze ans son astrologue freudien. Mais Busnel François n’en démord pas. Il entretient, en son logis parisien rue des Bons Garçons, un chenil de toutous aux dents aussi longues que les siennes, grâce auxquelles il se livre semaine après semaine à la besogne (la seule qui soit en ses menus moyens) de policier des lettres.
A six ans, plus précoce que jamais, selon les hagiographies dont ses employeurs successifs l’ont doté, des fois que son inimportance passerait inaperçue de ses contemporains, à six ans donc il nous pond un roman-cadet, Mythologie, où ce petit Chose de l’écrit en culotte courte tutoie un nombre infini de héros, monstres et vierges antiques en cheveux. On y retrouve, toujours selon les hagiographes qui se sont donné un mal de chien (encore !) pour le faire sortir du néant auquel sa nature le vouait, la chasteté cruelle d’Artémis ; on y découvre l’origine ontologique des araignées; on y paraphrase, rien de moins, le grand Alexandre Dumas: « Il est permis de violer l’histoire, a-t-il, un jour d’audace, déclaré à l’émission Vol de nuit, à condition de lui faire un enfant. » A six ans, ce pisseur de copie en herbe, violeur ? Mais oui ! Sauf que, soudain, la panne ! Plus rien. La folle du logis envolée. Ni une ni deux, notre ambitieux choisit, Salinger en Petit Bateau, de disparaître de la circulation des anges. Un trou béant de vingt ans. La Garenne-Bezons s’émeut : mais où donc est passé le Mozart imberbe des Lettres et du Néant ? Busnel François ne s’est jamais départi, à ce sujet, d’un silence de banquise, qui, il faut bien le dire, aura laissé tout le monde pareillement de glace, jusqu’à ce jour où, sa petite tête frappeuse m’ayant pris en traître, il m’est venu de me pencher sur son destin de non-hirsute. Le mystère, donc, régnait. Après une minutieuse enquête à peine imaginaire qui a mobilisé deux des plus fins limiers du Mozambique dont nous tairons les noms, voici ce qu’il en fut du vrai Busnel François, et son cœur mis à nu.
N’est pas Mozart qui veut. Busnel François s’était, en vérité, auto-limogé. Oui, exilé à Limoges, le pauvre Minet Drouet en panne de lui-même. Pas Limoges-gare, non, Limoges même ! Un Exil qu’il voulait beau comme du Saint-John Perse et qui était d’un rongeur de frein. Etudes, donc, de mécanique littéraire à Limoges-Ville. A nous deux Rimbaud et ma prose dans les gazettes locales ! A nous, donc, poèmes bitumeux, élégies érotico-nunuches, signés d’un énigmatique MBDO (acronyme de Moi Busnel Depuis l’Olympe) publiés, après réflexion, dans une revue pour happy few, Académies limougeaudes, distribuée sous le manteau à Limoges-Plage, dont le tirage s’élevait à un exemplaire numéroté, et imprimée sur peau de vache aux abattoirs de la ville. Mais n’est pas non plus Rimbaud qui veut. Descendu, amer, de son Parnasse limousin après cet envol sans lendemain, Busnel François se rabat sur l’université de Limoges-Paradiso, section Viol de l’histoire. Sage comme un Présocratique qui n’aurait pas tété l’ambroisie (Busnel François est d’un féroce avec lui-même : discipline, discipline ! fut son moto limousin), il devient chroniqueur aux Dernières Nouvelles de Limoges après la pluie. De la porcelaine, oui, ses articles lilliputiens sur les géants de la littérature portoricaine, de la porcelaine ! Et d’un fragile ! D’ailleurs, c’est comme dans ses placards de cuisine, 68 rue des Bons garçons (gaz à tous les étages) à Paris même : trente ans après son come-back kid en ville, la vaisselle vient encore et toujours de Limoges. Tant Busnel François la brise régulièrement lors de ses accès de ferveur poétique en cuisine. Mais attention ! Ce César Anatole de la porcelaine et du bœuf miroton s’en prend exclusivement, comme ce brave Bernardo aux côtés de Zorro, aux figures peintes masculines et leur pète le nez. Son astrologue freudien a enfin trouvé l’explication : Busnel François adore les nouveaux-nez. Mais Cyrano était de Bergerac et François n’aura été que de Limoges. Alors, bien sûr… Reste que ce côté oedipien est touchant et beau comme une bicyclette à coudre sur un compotier d’aéroport.
Fi, désormais, de Cyrano, Mozart et Rimbaud, Busnel François -dit « Bernardo de Limoges » par ses intimes en raison de ses célèbres happenings vaisselliers en cuisine ; et « Bernardo de Limoges », c’est tout de même mieux, on en conviendra, que Tartarin de Tarascon – Bernardo de Limoges, donc, en sus de ses hirsutismes folliculaires dans L’Express et dans Lire, animateur, hier, de l’émission radiophonique «Envie de jouir » (sic) et, à la télévision, des « Ecrans du bavoir » (?), anime aujourd’hui, busnelant plus que jamais d’abondance, « La Grande Brairie », où, d’après la rumeur, il serait question des Belles Lettres sous les espèces de la bouillie pour chiens (un pot-pourri d’Homère, de copinages divers et de cuistreries inspirées de la collection Harlequin). Un Pivot, cependant, aux dires de l’intéressé, en plus grand ! Un Pivot « fort, écrit-il de lui-même, comme un coup de poing en pleine figure ». Puisque Bernardo de Limoges vous le dit !
O mânes de Thibaudet, de Robert Kempf, de Bertrand Poirot-Delpech, de Bernard Frank, d’Angelo Rinaldi et consorts, vous voici expédiés dans les limbes de la critique littéraire par un collègue à la face aussi franche qu’une carte d’identité (Balzac, La cousine Bette).
Mais enfin et surtout, ce gai coquin n’ignore rien du précepte de Lacan que « le plaisir est un frein à la jouissance ». Aussi n’est-il que toute-jouissance : vaisselle, nez, Verbe, vaches sacrées de la littérature portoricaine, tout y passe. Et ça passe ou ça casse.
Telle est l’extase littéraire, version Bernardo de Limoges, alias Busnel François.
Et tant pis pour Clara Malraux et son destin « hirsute » ! Le petit commis littéraire a encore frappé.
Un commentaire sur « Busnel François : jouir, dit-il »
Ecrire un commentaire
Derniers articles RDJ
- Idée N°4 : Ne pas être dupe du bluff des “500 signatures”
- “Classes moyennes, classes populaires : comment l’extrême-droite veut les séduire ?”
- Idée N°3: Montrer l’absurdité du lien entre l’immigration et le chômage
- Orgie numérique
- Tarik Ramadan invité d’honneur à Sciences Po
- Idée N°2 : Nommer par son vrai prénom Marine Le Pen
- Chaque jour, une idée pour faire baisser le Front National
- Idée N°1 : Prescription à l’usage de l’éducation nationale
c'est quoi, c'est qui ?
La RDJ s'en mêle





ça pue le règlement de compte cet article ! Décidément, ça vole bien bas la rdj !