D’habitude, dans la pop, dans le rock, on meurt à 27 ans (Jimi Hendrix, Janis Joplin, Brian Jones). Nick Drake a toujours été précoce. Il est donc mort à 26 ans. 26 ans, c’est l’âge que j’avais en 1994. Qu’avais-je fait en 1994 ? Qu’avais-je fait de ma vie ? Rien. Ce chat est né en Birmanie, et mort à Birmingham, ce qui est presque l’anagramme de Birmanie. Il était féru de Tim Buckley, mort à 28 ans, père de Jeff Buckley, mort à 30 ans. Syd Barrett, le fondateur de Pink Floyd, l’aimait beaucoup. Nick Drake était presque plus perfectionniste encore que Brian Wilson. Presque. Wilson a poussé le perfectionnisme jusqu’à être encore vivant aujourd’hui, ce qui lui permet de perfectionner ses projets de 1966-67. Nick Drake est aussi triste et mélancolique que Philippe Sollers est gai et enjoué. Sur scène, il avait une timidité proche de celle de Miles Davis. On ne répètera jamais assez que c’est par (pure) timidité que Miles joue dos au public. Drake lui regardait ses chaussures, comme Pascal Quignard quand il me croise. Pascal Quignard a très peur de moi. Je ne vais quand même pas le frapper ! Parfois, Drake n’en peut plus et craque : il quitte la scène devant les spectateurs qui le sifflent. Ca rappelle étrangement les tours de chant cauchemardesques de Vian. Mais Drake a plus de cheveux que Vian, même si le même goût ferrugineux de la mort dans la mâchoire. Et une pâleur. Vianesque. Il rencontre John Cale (que la Moixothèque vous fera redécouvrir très vite). Les critiques adorent Drake. Le public, moins. La dépression nerveuse arrive. Elle se porte très bien. Elle pousse son ami Drake aux bords de la folie. Elle vit dans le noir complet avec lui et exige de Nick qu’il retourne vivre chez ses parents. Nick lui obéit. C’est une dépression très autoritaire. Drake veut s’engager dans l’armée car la mort est devenue sa meilleure amie de tous les temps. Sa dépression (vous connaissez les femmes) lui fait des crises de jalousie. Je te préviens, Nick, c’est la mort ou moi ! Françoise Hardy le reçoit gentiment à Paris. Ils parlent, mais pas très. Ca va mieux, mais pas trop. Il se suicide aux médicaments. On refuse la thèse du suicide. Comme d’habitude. Comme si le suicide faisait partie de la mort, et non de la vie. Le suicide, qui est un élan vers la mort, fait partie de la vie. C’est depuis la vie qu’on se suicide. C’est avec de la vie qu’on se suicide, à partir de la vie. C’est dans la vie elle-même qu’on prend son élan.

 

3 Commentaires

  1. Moix connait Drake depuis qu’il a entendu une de ses chansons dans « La belle personne », ça fait donc très peu de temps, et nous prendrons celui de détailler toutes les incohérences d’interprétations qui pullulent telle une chienlit verbale dans son article broussailleux, infesté d’une ironie dérangeante, sa rance sécrétion de poseur mondain ne doit plus vous rendre amers, les autres, plus discrets mais mieux informés, ont surement feuilletés un beau numéro de Rock and Folk hors-série (les 300 disques incontournables) sorti en 95, c’était mon cas et une étrange sensation m’avait parcouru l’échine en tombant sur la photo de ce disque étrange, five leaves left, je lisais et relisais sans cesse la critique du disque, éloge raffiné, engouement subtilement énoncé, la pochette me donnait la sensation d’un objet déjà vu, comme si cette photo sur fond vert était sauvegardée dans un local menu de mon inconscient – bref – je n’allais acquérir le cd que bien des années plus tard, trop intimidé par ce que je pressentais comme un choc émotionnel difficilement supportable – « Five » ne m’a pas plu tout de suite, c’est encore par rapport à Pink Moon par exemple un disque moins émouvant que ses deux autres albums, selon moi – (même si c’est un chefs d’oeuvre) –
    From the morning, city clock sont des merveilles, comme place to be, par exemple, on ne sait pas d’où ça sort, ça n’est rattachable à rien d’autres, et Dieu sait si j’ai fouillé dans le patrimoine Folk – (C.Franck, lighfoot, Martyn, etc…) –
    Voix d’Ovni et accords de mutant, et surtout l’irrationnel insuccès de ses albums –
    je comprends la tristesse de certains auditeurs, on voudrait garder Drake pour soi et l’on constate que le phénomène nous échappe, que n’importe qui peut se permettre d’en dire n’importe quoi, juste pour manifester une fausse érudition, une passion spontanée qui correspond bizarrement avec la sortie expresse de deux ouvrages sur Drake.

    Mais n’en veuillez pas à Moix, il s’est surement fait plaisir en évoquant ce personnage dont l’ultime délicatesse est à mille lieux de son univers (podium… que Drake refusait d’arpenter… Quant à partouze… l’orgueil absolu consistant à nous promettre un prochain éclairage sur John Cale… Par Moix, on croit rêver.

    Pour l’anecdote sur Miles (jouer de dos) Yann se plante lamentablement, la sémantique visuelle de Davis est d’une extrème complexité, elle n’est ni timidité, ni orgueil, mais un savant mélange des deux, le fait de ne pas présenter ses musiciens par exemple sont des emprunts à demi-conscients du comportement très délétère de son père symbolique, Charlie Parker, pour en savoir plus lire « Miles et le blues du blanc » –

    Pour Vian, nous savons que ce dernier ne se sentait pas à l’aise sur scène – mais était comme chez lui dans les caves de saint germain ou de la rue Dauphine, emminement social, donc aucune comparaison possible avec Drake, sinon, pour émoustiller les bimbos à franges de la rive-gauche.

    Moix a cité Sollers, il est content, brian Wilson, il est content, de Barrett, il est content, de Quignard, (que Sollers avait gentiment toisé), le cloaque gélatineux de Moix ne peut, n’a pas à effleurer l’eden conceptuel de Drake, un point c’est tout.

  2. Jamais rien lu d’aussi con sur Nick Drake. Je ne vois pas bien l’intérêt d’écrire sur cet artiste trop peu connu, si c’est pour faire le malin.