La Meute contre Polanski
[Yann Moix a été parmi les tous premiers, avec Bernard-Henri Lévy, à se mobiliser en faveur de Roman Polanski. Il est en train de mettre la dernière main à un livre qui paraîtra début février chez Grasset et qui s’intitulera La Meute. Ici, son point de vue sur le déni de justice dont est victime l’auteur de Tess. Et une attaque frontale contre tous les lyncheurs pavloviens qui en sont encore à brandir leur refus d’un prétendu « deux poids et deux mesures » - alors qu’il s’agit, bien sûr, de toute autre chose… La Rédaction.]
Roman Polanski n’est pas accusé d’être coupable, mais coupable d’être accusé. Son procés et la procédure ne font plus qu’un. On accuse le nouveau Polanski d’actes que l’ancien Polanski n’a même pas commis. On accuse en 2009 des actes qui n’ont pas été commis en 1977. On rend coupable, rétroactivement, un innocent que tout rend coupable, à commencer par son innocence. Polanski est tellement innocent que cela finit par le rendre parfaitement coupable. Il n’a jamais été pédophile, mais la meute, qui sait mieux que la victime ce que la victime a subi, ne relâche pas ses crocs : si Polanski n’a pas été pédophile en 1977, on s’arrangera de toutes façons pour qu’il le soit en 2009. On fera en sorte qu’entretemps il le soit devenu. Et s’il ne l’est pas devenu par des actes, par des faits, il suffira de changer la signification du mot “pédophile”. L’essentiel est qu’il tombe dans la définition, comme on tombe dans un piège. Polanski est l’homme piégé.
Quand bien même on ne pourrait le juger sur des actes, qu’on le jugerait sur des intentions d’actes, et même sur des intentions d’intentions d’actes. Chacune de ses protestations se retourne contre lui : plus il tente de démontrer sa bonne foi, plus il trahit sa culpabilité. Polanski est arrivé au point où tout le rend coupable, à commencer par ce qui le rend innocent. Ce qui le rend innocent aggrave sa culpabilité : installé par la meute, par l’opinion, dans une définition rigide dont il ne saurait s’évader. On doit fabriquer un Polanski constant, un Polanski immobile : un Polanski coupable. Coupable de quoi ? Coupable. Coupable d’être responsable. Coupable d’être coupable.
Un Polanski en mouvement, ce serait un Polanski capable d’être innocent, et la meute ne voudrait pas de ce Polanski-là. Ce serait un Polanski qui risquerait de lui échapper, de ne pas coïncider avec le Polanski officiel qui est un Polanski salaud. Personne ne veut innover en Polanski : il est tellement magnifique en maudit pédophile, tellement cas d’école, tellement pratique, tellement réceptacle. La meute ne voudra jamais raturer le Polanski qu’elle a dessiné une fois pour toutes et qu’aucune réalité nouvelle, aucun élément inédit ne devra venir contrarier ni modifier.
Nous ne bougerons plus de ce Polanski-là, dit la meute : nous sommes bien dedans, nous y sommes confortablement installés. Il y a un confort dans cette haine et nous aimons la haine confortable. Confortable : qui nous conforte dans nos opinions. Et nos opinions, c’est qu’il n’y a pas de fumée sans feu. Nous voulons que plus jamais vous ne puissiez regarder Polanski sans que ce Polanski regardé ne soit le Polanski violeur d’enfants, et nous demandons à Polanski de bien vouloir se soumettre à cette image de lui que nous avons fait émerger pour lui, car il se cachait, il se terrait, il se planquait. Nous ne supporterons pas que Polanski ne souscrive pas à la vision que nous avons tous de lui, et à laquelle nous tenons, et que nous appelons irrémédiablement la vérité.
Tout autre Polanski qui viendrait à se présenter avec des habits neufs, avec des arguments nouveaux, avec un jugement révisé, avec une innocence avérée serait non seulement hors sujet, mais illégal, illicite. Nous ne ferons pas le deuil du Polanski que notre haine a construit et qui ne peut être que le bon. Il ne saurait y avoir qu’un seul Polanski : le nôtre, et non pas le sien. Le Polanski de la meute et non pas le Polanski de Polanski. Depuis quand serait-ce à Roman Polanski de décider qui est Roman Polanski ? Nous voudrions bien voir ça. Tout autre Polanski que le Polanski violeur et pédophile sera par conséquent nul et non avenu. Notre Polanski n’est pas génial : mais lamentable. Ce n’est pas un créateur : mais un destructeur.
Et la meute rajoute : nous continuerons notre combat pour l’abattre, car les violeurs et les pédophiles récidivent toujours. Charles Manson sort bientôt de prison ? C’est très bien. Nous, nous voulons que Roman Polanski y entre.
60 commentaires sur « La Meute contre Polanski »
Ecrire un commentaire
Derniers articles RDJ
- Hymne aux échecs
- Le retour vers le passé de Marine Le Pen
- Dialogue avec la mort
- Apologie de l’e-todafé
- Deux commentaires sur l’entretien télévisé de Nicolas Sarkozy
- Michel Crépu remporte le Prix des Deux Magots
- Internautes, encore un effort pour faire baisser le FN !
- A nos lecteurs: Une idée par jour pour faire baisser le FN
c'est quoi, c'est qui ?
La RDJ s'en mêle





Pardon:
Assemblage absurde de lapalissades et de tournures orwelliennes. Tout à fait à sa place dans le monde béhacheellien: grotesque, médiocre, caricatural.
Assemblage absurde de lapalissade et de tournure orwelliennes. Tout à fait dans l’esprit béhaellien: grotesque, médiocre, caricatural.