On a beaucoup écrit sur Simone de Beauvoir et on ne cesse d’écrire sur elle, d’analyser son œuvre, d’être fasciné par sa vie.

Et pourtant il reste à dire, écrire, témoigner.

C’est ce que vient de réussir avec brio Liliane Lazar, professeure de littérature française à Hofstra University, New York, et Secrétaire Générale de la Société internationale Simone de Beauvoir. Elle a rencontré les écrivaines françaises féministes comme Elisabeth Badinter, Dominique Desanti, Benoîte Groult, Eliane Tabone-Lecarme, Anne Zélensky, Annie Sugier, ces deux dernières fondatrices du Mouvement de Libération des Femmes.

Participe aussi à cet ouvrage celle qui nous a accompagnées dans nos combats avec Simone, l’avocate Gisèle Halimi (« Simone de Beauvoir est pour moi la féministe la plus importante »).

Yvette Roudy a également effectué un travail fondamental pour changer les lois ségrégationnistes à notre égard et s’est liée d’amitié avec Simone. Elle déclare « Simone de Beauvoir avait construit la théorie, moi je passais à la pratique ». Rappelons cependant que nous au MLF nous étions déjà passées à la pratique dans nos actions qui ont fait bouger les droits des femmes depuis 1968 et 1970 alors que les partis politiques dans leur ensemble nous décriaient. Mais Yvette Roudy a rétabli les choses et nous lui devons toutes aujourd’hui des lois plus justes et des prises de conscience dans l’opinion publique.

Elisabeth Badinter évoque Simone de Beauvoir par un très beau titre « Dans Le Deuxième sexe, il y a un trésor.» Et ajoute-t-elle, « ce trésor qu’on a oublié aujourd’hui, et qu’il me semble temps de retrouver, c’est le message de liberté » (page 13). Un sujet d’actualité et qui le restera. Un témoignage à lire attentivement sur l’image positive et constructive que l’on doit donner aux femmes.

Anne Zelensky et Annie Sugier, à qui nous devons tant et avec lesquelles j’ai milité, présentent deux témoignages importants. Anne Zelensky déclare que son féminisme est conciliateur et que pour elle « le féminisme est en tant que politique une longue et patiente action pour réconcilier les hommes et les femmes afin que… (plus tard) ils uniront leur humanité pour supporter ensemble la condition humaine. »

Annie Sugier rappelle ses rencontres mais aussi souligne fort justement que « la libération des femmes est nécessairement internationale ». Elle évoque les années 80 où les militants de la cause anti-apartheid en Afrique du Sud ont bénéficié de la solidarité internationale alors que par contre c’était « le silence le plus total sur la ségrégation à l’encontre de femmes dans certaines régions du monde ».

Michèle Vianès, essayiste, responsable d’associations de droits des femmes et d’élues locales, déclare : Simone de Beauvoir est toujours vivante, nous la rencontrons tous les jours ».

Yolanda Astarita Patterson, présidente de la Société internationale Simone de Beauvoir, et professeure émérite de français à California State University East Bay à Hayward, raconte sa rencontre avec Simone de Beauvoir, son amitié avec sa sœur cadette l’artiste-peintre Hélène de Beauvoir qui se trouvait à son domicile en Californie lorsque celle-ci a appris le décès de Simone.

Sylvie Chaperon, qui a organisé le cinquantenaire de la célébration du Deuxième Sexe établit une analyse historique intéressante des études beauvoiriennes en France. Eliane Lecarne-Tabone souligne que Simone de Beauvoir donne « une grande leçon d’espoir et d’énergie : Bien des mères de ma génération, nourries par la lecture du Deuxième Sexe, ont pu faire passer le message à leur fille… ».

Pour ma part je rappelle, dans un entretien avec Liliane Lazar, que « Sa force m’accompagne » et je développe les manifestations concrètes de son rayonnement international au XXIème siècle, parfois indirect et souvent méconnu que j’ai pu constater dans mes déplacements à travers le monde.

Témoignent aussi des amies de Simone Dominique Desanti, sa plus proche, Denise Pouillon, veuve de Jean Pouillon, qui dévoile une face inconnue de Simone dans l’intimité des réunions des Temps Modernes, et bien sûr Edith Sorel qui fut l’interprète entre Sartre, Beauvoir, Fidel Castro et Che Guevara.

Des hommes sont interrogés. Gérard Bonal, qui a réalisé un très bel ouvrage de photos de Simone de Beauvoir. Michel Contat, sartrien et proche d’Arlette El-Kaïm. Enfin Bernard-Henri Lévy qui offre cette comparaison intéressante : « Pour moi, elle est l’Hegel du féminisme ». Voilà un philosophe qui reconnaît le statut de philosophe à une femme. Cela mérite d’être relevé car cette reconnaissance n’est pas courante.

Bernard-Henri Lévy présente Le Deuxième Sexe, son livre préféré dans l’œuvre de Simone: « Parce que c’est un livre fort. Parce c’est un livre qui, en tous les sens, résiste. » En revanche, BHL ne sait pas quel ouvrage survivra le mieux, et on le comprend : «  Ces œuvres sont trop fraîches, trop vivantes… pour que l’on puisse se mettre à table et se demander comme ça, posément, qu’est-ce qui va survivre… » Je ressens pour ma part également cette impossibilité de deviner ce qui de son œuvre va perdurer. Une remarque, à mon sens, très pertinente.

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Pour mémoire Liliane Lazar est une spécialiste de renommée internationale de l’œuvre et de la vie de Simone de Beauvoir qu’elle a rencontrée à plusieurs reprises. Auteure de nombreux articles dans les Simone de Beauvoir Studies, la professeure Liliane Lazar a aussi publié avec Nadine Dormoy « A chacun sa France ». En 1999 elle a crée un site d’archives sur Bernard-Henri Lévy et dirige maintenant le site www.bernard-henri-levy.com.

[Liliane Lazar et Claudine Monteil en signature à l’espace Harmattan:
L’auteur du livre  » L’empreinte Beauvoir  » et l’auteur de « Simone Beauvoir. Modernité et engagement »  seront en signature à l’espace Harmattan le 14 janvier 2010 à 18h30.]
  
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Liliane Lazar, L’Empreinte Beauvoir, des écrivains racontent, L'Harmattan, 26 octobre 2009, 226 pages