Rwanda,  avril – juillet 1994 : Chefs militaires, ministres, préfets, sous-préfets, bourgmestres, intellectuels, paysans, voisins, milices, soldats, mobilisés, tous mobilisés. Communiqués radiophoniques, appels radiophoniques, ordres d’anéantir ces inyenzi, ces cafards, ces cancrelats ; sifflets sur les collines, barrages dressés, machettes, embuscades, massacres en toute liberté, hécatombes, ossements sans linceul. Qui est mort aujourd’hui ? Qui mourra demain, la chair abandonnée aux bêtes ?  Ils mourront tous, ces  Inyenzi; ils mourront tous du plus petit au plus grand, dans une solitude radicale, en famille ou en groupe, suppliciés, pourchassés, coupables d’être nés. Meurtres méthodiques de masse, ciblés, administratifs ; mises à mort codifiées, préparées, organisées. Un million de morts en trois mois.

Le génocide contre les Tutsi du Rwanda est advenu en direct, en prime time, à l’heure de grande écoute sur toutes les télévisions du monde ; au vu et au su de tous. Ce crime absolu aussitôt achevé, des esprits malins se sont tout de suite  évertués à nier sa réalité, sa véracité. Il y eut d’abord les génocidaires en chef, comme le colonel Bagosora, le regard arrogant, le sourire en coin déclarant devant une caméra : « Le génocide ? Mais quel génocide ? Les morts ? Mais quels morts ? Qu’ils se lèvent, qu’ils viennent, qu’ils se présentent ici devant moi, ces morts, qu’ils se dressent, qu’ils parlent et m’accusent. » Après la suppression des victimes, volonté de supprimer donc  la vérité. Temps de génocide, temps de négation, d’inversion des faits, de transformation du sens des mots.  Démarche perverse. Volonté de destruction de la mémoire.

Initié par les cerveaux du génocide, le discours de mise en doute, de négation du génocide contre les Tutsi du Rwanda, va être rapidement recyclé, policé, puis   repris en héritage par une certaine « littérature grise » française. Quelle est la portée discursive, éthique et politique de ce négationnisme? Quelles sont les formes qu’il emprunte ? Quel en est l’usage ultime ? Qui sont ses fabricants ?

Mais qu’est-ce d’abord le négationnisme ?  Tout simplement, grossièrement, une démarche de falsification de l’histoire fondée sur une idéologie de négation sordide de la réalité des faits. L’enjeu de ce discours est clair : confondre le vrai et le faux, semer, installer le doute, inverser le sens des événements, dissimuler le crime, absoudre les criminels, effacer, assassiner la mémoire. Il s’agit délibérément d’installer le doute dans les esprits et dans l’histoire par l’inversion des faits. Que s’est-il passé au Rwanda ? Le discours négationniste répond : le génocide n’a pas eu lieu. Et que s’est-il donc passé ? Un événement endémique : une guerre tribale africaine de plus opposant deux ethnies possédées par des haines héréditaires, séculaires, croisées.  Qu’y pouvions-nous ? Qu’y pouvons-nous ? Après tout, massacres, meurtres communautaires,  guerres tribales sont permanents, cycliques, ataviques, naturels dans ces contrées-là.  Il y a une tradition de massacre là-bas.

Deuxième pilier de cette homélie négationniste : en vérité, en vérité, il y a eu des morts des deux côtés, n’oublions pas les autres victimes ; il y a eu une violence symétrique, deux génocides, un double génocide. Singularité du crime de génocide niée, amalgame entre victimes de génocide et victimes de guerre. Toute vie humaine est évidement, absolument sacrée, et toute atteinte à la vie humaine à proscrire. Mais faut-il rappeler ici que guerre et génocide ne sont pas deux phénomènes de même ordre : si le permis de tuer – absolument condamnable –  peut être un élément stratégique dans une guerre, il constitue un but en soi dans un génocide.

Victimes de génocide et bourreaux donc renvoyés, à dessein, dos à dos, opposés en miroirs : Hutu et Tutsi ont été, en fin de compte macabre, à la fois victimes et coupables. Le fléau de la balance ! Mieux : qui est le véritable responsable du génocide ? Réponse de la rhétorique négationniste : l’auteur de l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion présidentiel. Celui-là savait bien que cet assassinat  déclencherait « une folie meurtrière » (répugnance à utiliser le mot génocide), « l’apocalypse », « le déchainement des forces destructrices », « l’autodéfense populaire », « la vengeance spontanée ».  La thèse glaçante de Ferdinand Nahimaha, idéologue du génocide est reprise en écho : « Faire exploser dans les airs l’avion présidentiel, le faire tomber du ciel comme une boule de feu a été sans conteste l’acte qui a semé à tous vents des étincelles incendiaires et des débris métalliques tranchants, meurtriers. Rien d’autre ne peut expliquer pourquoi des tueries sans précédents ont exactement eu lieu après cet ignoble attentat ». Sans cet attentat le « sur-moi » collectif aurait donc inhibé les envies caverneuses de meurtre et le désir de destruction de tous les Tutsi ;  cette pulsion mystérieuse à la puissance inconnue, cette colère collective, aveugle, implacable serait restée en sommeil!

La vérité cachée, occultée alors?  Paul Kagame, « le chef des Tutsi », aurait commandité l’attentat provoquant ainsi l’apocalypse afin d’accéder au pouvoir suprême en marchant sur les cadavres des siens. Nous y voilà : le génocide ne serait qu’un monstrueux complot ourdi, orchestré par les Tutsi eux-mêmes, pour s’emparer du pouvoir ! Voilà la véritable histoire secrète révélée : les victimes seraient les préparateurs, les auteurs de leur propre tragédie. Ils auraient planté le cadre, le décor de leur propre extermination. Marcel Gérin : « Les Tutsi se sont bien suicidés en masse ». Balayés par un coup de plume, la préparation, la planification du génocide, la mise en condition idéologique de meurtre de la population, l’utilisation de l’appareil de l’État, les mécanismes génocidaires, la politique de génocide.

Cette vision infamante de la réalité, des exterminés exterminateurs d’eux-mêmes, serait la vraie vérité dissimulée par la propagande Tutsi relayée « par des blancs menteurs », ces propagandistes en couche avec des femmes Tutsi à la sensualité ensorcelante. Théorie conspirationniste, rengaine éculée et paradoxale : les Tutsi seraient à la fois des inyenzi, des cafards, des cancrelats, vils, faibles, inférieurs à éliminer et en même temps, ils seraient dotés d’une puissance tentaculaire, démesurée, phénoménale, insaisissable ! Attention : il faut se prémunir contre leur influence et leurs mensonges !

Avant le génocide l’humanité des Tutsi fût niée ; après le génocide, c’est l’innocence de leur parole qui est réfutée. La parole inouïe de souffrances du rescapé, ce récit sans terminaison, cette parole chuchotée est auscultée, suspectée mise en doute. Pierre Péan : « Dès leur tendre enfance les jeunes Tutsi étaient initiés à la réserve, au mensonge, à la violence et à la médisance ». « C’est ce qui fait de cette race l’une des plus menteuses qui soit sous le soleil ».  La parole des rescapés, leur part de vérité est chicanée, récusée, réfutée à priori.  Volonté de brouiller, de salir, de disqualifier leur vécu, leur témoignage, leurs récits qui constituent autant de témoignages, de marques, autant de certificats, de preuves vivantes de leur mort programmée en masse.

Avec le génocide, le rescapé, hébété par ce qu’il a vu, perd dans un premier temps son langage, sa capacité de se dire, de figurer par les mots ce qu’il a vécu. Il ne sortira de la douleur de son vécu, de son corps et de sa pensée qu’avec la reconquête de la parole face à ses bourreaux.  Le discours négationniste lui refuse cette opportunité de redistribution de la parole. C’est en cela que la prose négationniste est porteuse d’une violence infinie. Que cherche-t-elle en effet, que fait-elle ?  Au nom d’une certaine liberté de jugement, elle prétend « corriger », remettre l’histoire à l’endroit ; elle s’autoproclame porteuse de vérité, en guerre contre le mensonge ; en réalité, elle redonne le pouvoir des mots aux bourreaux. Insensible à la douleur des victimes, sourde à leurs cris, irrespectueuse des morts, elle est entente implicite avec la barbarie, assassinat par l’arme du silence de la souffrance des survivants. Elle vise à anéantir le passé du rescapé, à rendre son deuil impossible en affirmant que « ce passé n’a jamais existé, tout au moins pas comme tel »;  elle met en doute le présent du survivant et plonge dans l’angoisse son futur ; elle cherche à maintenir la victime hors du temps, hors de l’histoire; à l’enfermer dans l’impossible de l’existence, à la soumettre à l’imaginaire du bourreau. Elle condamne le rescapé à prouver en permanence sa propre mort. Le négationnisme est l’une des violences humaines les plus meurtrières ; il prend le relai de la destruction des corps et pérennise le meurtre en s’attaquant au psyché, à  l’âme.

Mais comment devient-on négationniste ? Pour Bagosora et Nahimana, le chef de l’armée et l’idéologue du génocide, le choix est lisible : la négation des faits est plus qu’une jouissance morbide, un mécanisme de défense judiciaire. Pas de crime, point de criminels. La ligne de défense des négationnistes rwandais est limpide : où sont les preuves écrites, les preuves de première main d’un plan d’extermination, les preuves d’une bureaucratie du meurtre structurée, organisée, l’ordre signé d’exécution, d’extermination ? ;  le génocide n’a pas eu lieu, c’est une invention de la propagande Tutsi, un mensonge qui ne vise qu’un seul objectif : les exclure du jeu politique. En vérité, affirment-ils froidement, les bourreaux sont les victimes et les supposées victimes, les vrais persécuteurs. Nous sommes ici en face d’une entreprise d’auto-absolution et d’auto-réhabilitation politique.

Mais qu’est-ce qui est en jeu chez un écrivain, un journaliste métropolitain sensé, cultivé?  Pourquoi cette militance en faveur d’une cause en rupture d’humanité ? L’égarement de la pensée ?  La proximité amicale avec certains Rwandais, auteurs du génocide ? La défense à tout prix de la politique étrangère de la France même quand celle-ci  se perd, se fourvoie, renie ses propres valeurs ? Lorsqu’un génocide se produit quelque part, il met toujours en présence trois catégories de personnes : les victimes, les bourreaux et le reste du monde, complice par intérêt ou indifférent, abstentionniste, lâche.  Qu’un Kouchner se permette de rappeler l’importance de l’attitude de cette tierce partie dans le face à face victimes-bourreaux – et notamment des errements de la politique de Paris au Rwanda – et le voilà charcuté sans pitié. On fouille, on fouine, on cherche dans les bas-fonds, on fabrique, tout est bon pour le « macheter ».  Il faut qu’ils apprennent, lui, ce Monsieur K. et les autres, qu’il est des choses qu’il n’est pas permis de penser et encore moins de dire.

Serions-nous donc finalement là en face d’une simple opération de déguisement sémantique visant à dissoudre, à diluer en fin de compte des responsabilités ; en face d’une expertise d’écriture cherchant à culpabiliser pour se déculpabiliser, se disculper ? Ou assisterions-nous là plutôt à une remontée au grand jour d’un sentiment caché, passif, latent, inconscient à l’œuvre dans certains milieux ? Un sentiment de détestation inavouable? De quels tourments souffrent donc ces plumes troubles ? Pourquoi cette débauche d’énergie pour nier l’évidence, pour nier ce qui ne peut pas être nié ?

Le passé n’a pas eu lieu comme énoncé et, le but de l’écrivain n’est pas de plaire mais de faire savoir, affirment nos prosateurs à cheval sur la vérité. Il s’agirait donc de sauver la vérité : l’histoire du génocide telle que racontée jusqu’à présent,  n’étant qu’une représentation subjective, un récit truqué, construit, manipulé par des Tutsi, il s’agit de la … réviser. Pierre Péan dans l’Express daté du1er décembre 2005 : «  Je sais que je serai classé, au mieux parmi les révisionnistes, au pire chez les négationnistes. Mon espoir étant de ne figurer que dans la première catégorie. Ce que j’assume car, lorsque l’histoire est à ce point truquée, la seule façon de reprendre le chemin de la vérité, c’est de la réviser  ». Quelle est la différence entre un révisionniste et un négationniste ? Non, nous ne sommes pas des négationnistes affirmaient également les négationnistes de la shoah, fondateurs des « Annales d’histoire révisionniste » dans les années 80. Ils revendiquaient eux-aussi, vaillamment,  haut et fort, la qualification de « révisionnistes ».

Chaque génocide a ses négateurs : on tue d’abord les hommes et les femmes, coupables d’être nés ; ensuite on s’acharne sur les faits qu’il faut travestir, effacer. Le négationnisme est constitutif du projet génocidaire, il est intimement, intrinsèquement inscrit dans le crime de génocide : sa  fonction, son but ultime est de prolonger celui-ci. Qu’il soit franc, massif ou raffiné, subtil, insinué, sous-entendu, il constitue une offense contre les morts et les vivants, et porte en lui la barbarie du mal absolu. En assassinant la mémoire des rescapés, ce vaccin, cette prophylaxie contre la résurgence, la répétition de l’impensable,  il prépare le terreau des crimes de demain ; il ouvre la voie à d’autres délires homicides, à d’autres chaos barbares. La négation d’un génocide est la négation de notre humanité à tous et le combat  contre ce mal, un devoir de conscience, d’humanité et de respect dû aux morts.

17 Commentaires

  1. Bravo mr. GAKUNZI. Tres bon ton article et concise ton analyse. Au moins si on pouvait t’écouter et connaitre la vérité sur la triste extermination de ces malheureux Tutsi. Souvent je me demande ce qu’ont pu faire les Tutsi pour être haï comme ça. Je me le demande toujours.

    Ne lâche pas prise, la lutte continue et jamais le mal ne vainc le bien. Continue de parler au nom des victimes du genocide.

    A tous les négationnistes, je ne dirais qu’une seule phrase de Richdou Redondo: You can lie as long as you want but your heart can’t »

    Encore merci. P

  2. Très bon article, monsieur Gakunzi. Il est impossible de nier le Génocide des Tutsi qui s’est déroulé sous les caméras du monde entier. Belle analyse des faits. Mais attention, je ne connais aucune famille qui est sortie intacte de ceconflit. Pour te dire; il y a trop de blessures dans ce beau pays. On comprend bien la complexité des choses quand on a le sand de ces deux soi-disant ethnies. Le régime défait par Kagame est à condamner. Mais, si on ne peux pas parler comme Kagame, on est d’office negationniste? Vraiment je ne sais pas comment on peut être objectif sans offenser l’un au l’autre au Rwanda!!

  3. Gakunzi dit :
    L’utilisation du mot Inyenzi pour désigner les Tutsi date déjà des années 60. Il ne faut pas oublier que les premiers pogroms contre les Tutsi ont eu lieu en 1959.

    macolline:
    Si le terme « inyenzi » a été utilisé avant les années 90; il signifiait uniquement les rebelles (tutsis toutefois). Or, en 1994, on assiste à une généralisation de ce terme à tous les tutsis (y compris non rebelles). Il est important de montrer aux lecteurs comment une idéologie de haine naît et dans quelle finalité! S’il s’agissait de repousser uniquement l’attaque armée des rebelles, on aurait pas eu besoin de généraliser ce terme à de pauvres gens qui n’avaient rien à avoir avec la politique!

    Erreur no 2: En 1994, il convient de distinguer clairement 4 acteurs qui n’ont rien à avoir les uns les autres (sinon une dépendance indirectement démontrable):
    – Le FPR: mouvement politique armé, majoritairement tutsi, opposé au pouvoir en place
    – Le gouvernement rwandais: gouvernement officiel, majoritairement hutu, qui dirige le pays depuis des décennies
    – Les tutsis: population vivant au Rwanda, représentant à peu près 20 % de la population rwandaise d’après les statistiques coloniales
    – Les hutus: population vivant au Rwanda, représentant à peu près 80% de la population d’après les statistiques susmentionnées.

    Mr Gakunzi, pourquoi confondre 2 acteurs tout à fait différents? Les extrêmistes du génocide eux avaient leur objectif. Sinon, aujourd’hui je ne vois pas l’intérêt de les confondre.

    Conclusion: je vois toujours deux erreurs dans ce très bel article.

  4. Merci Gakunzi pour ce texte rigoureux, clair et courageux J’invite tous les intervenants bien intentionnés qui participent à cette discussion sur ce site, à ne pas tomber dans le piège des négationnistes du génocide qui cherchent depuis le début à dévier ce débat vers d’autres questions. Ne nous laissons pas distraire par leurs interventions et coups tordus. Le texte de Gakunzi évoque le génocide contre les Tutsi du Rwanda et le négationnisme. Restons concentrés sur cette question essentielle et non sur les fenêtres de diversion que cherchent à ouvrir certaines personnes.

  5. Rentrez au Rwanda et regardez ce que ceux qui ont gagné la guerre pour le Rwanda sont entrain d’accomplir monsieur Milimo! Vous me semblez bien éduqué… si vous ne vous reprochez de rien retournez au pays! Vous avez trop menti et maintenant vous êtes perdu dans vos propre mensonges! Ne confondez pas actes de vangeance au Génocide? Relisez l’article de Gakunzi pour mieux comprendre… si le but des batutsi, non pardon si le but du FPR était d’exterminer les bahutu ils n’y’en aurait pas un survivant aujourd’hui! Mais pour reprendre votre mot ils ont « Ubwenge » ils ont choisi la reconstruction du Rwanda pour tous les Rwandais!

  6. Je soumets à mon compatriote burundais David Gakunzi la citation suivante tirée du livre du rwandais. JMV Ndagijimana « PAUL KAGAME A SACRIFIÉ LES TUTSI » (p.156-159). J’aimerais que Gakunzi nous dise en quoi ce texte serait négationniste.
    Citation : « Sans hésitation, j’affirme que Paul Kagame a délibérément sacrifié les Tutsi de l’intérieur du pays et s’en est ensuite servi comme prétexte pour trahir les accords de paix d’Arusha et prendre le pouvoir par la force. Mon analyse des événements et mon intime conviction me conduisent par ailleurs à affirmer qu’il y a eu deux génocides parallèles et concomitants au Rwanda. Les faits constitutifs de ces deux génocides ont eu lieu dans des circonstances de temps, de lieu et de méthode identifiables. Conformément au principe d’égalité au droit à la vie, aucun de ces deux génocides n’excuse ni ne justifie l’autre. La seule manière de reconnaître ou de réfuter officiellement le génocide hutu est, pour la communauté internationale, de lever l’embargo qui couvre tous les rapports mettant en cause Paul Kagame et son entourage, permettant ainsi aux victimes Hutu et à leurs familles de jouir pleinement de leur droit à une justice internationale équitable et impartiale, à l’instar de leurs compatriotes Tutsi. Tant que les obstructions actuelles perdureront, il est évident que la rancœur et les frustrations ne feront que s’amplifier au sein d’une grande partie de la population rwandaise. Est-ce cela que recherche le TPIR en fonçant tête baissée dans le processus d’achèvement qui n’est que la forme masquée d’un terrible déni de justice ?
    Oui, je le répète, il y a eu un double génocide.
    Dans la zone contrôlée par le gouvernement Kambanda, entre avril et juillet 1994, d’innombrables faisceaux convergents prouvent que malgré la prétendue spontanéité de certains massacres, les tueries étaient organisées. Lorsque des centaines voire des milliers de barrages sont installés dans les villes, à tous les carrefours, sur les ponts des fleuves, sur toutes les routes du territoire sous contrôle gouvernemental, que des miliciens armés les surveillent, qu’ils trient les passants sur base ethnique, qu’ils tuent tous les passants Tutsi ou Hutu à physionomie tutsi, qu’ils laissent en revanche passer les Hutu identifiés et vérifiés comme tels, l’on ne peut plus parler de réactions spontanées. Encore que la spontanéité n’enlève rien à la gravité de tels massacres. Lorsque, pendant trois mois sans interruption, des équipes de tueurs armés ratissent les collines, les marais, les forêts, les églises, les écoles, les maisons d’habitations, à la recherche de Tutsi, qu’ils les tuent systématiquement quand ils les trouvent, l’on ne peut plus parler de colère spontanée. L’intention de détruire un groupe identifié est ici patente. Ces actes criminels ont eu lieu partout dans la zone contrôlée par le gouvernement, suivant un scénario quasiment invariable. Cela est qualifié de génocide en droit pénal international. Les Tutsi qui ont échappé aux massacres ont survécu parce que la MINUAR ou des Hutu les ont protégés ou qu’ils se sont mis à l’abri à temps.

    Dans la zone contrôlée par le FPR : au lendemain de l’assassinat du président Juvénal Habyarimana, alors que sur le territoire contrôlé par le gouvernement la surprise était totale, que des milliers de Tutsi innocents sans défense se faisaient tailler en pièces, le FPR de Paul Kagame se déployait dans le calme, suivant un plan préétabli, chirurgical et impressionnant d’efficacité. Par monts et vallées, le mouvement rebelle mettait cyniquement à exécution l’élimination systématique des Hutu. Si les techniques utilisées diffèrent de celles des miliciens Interahamwe, la méthode du FPR est plus discrète, plus « intelligente » (ubwenge), plus rapide, plus radicale, plus moderne et plus cynique. En zone FPR, il n y avait pas de barrages. Après avoir mis les Tutsi identifiés comme tels à l’abri, tous les Hutu y étaient assimilés aux Interahamwe. En lieu et place des barrages, la méthode génocidaire consistait à convoquer des réunions-piège « inama » dites de sensibilisation. Les paysans se rendaient ainsi en toute naïveté à ces réunions, et une fois regroupés dans un stade ou dans une vallée comme lors du tristement célèbre massacre du marais de Rwasave à Butare, les militaires du FPR positionnés d’avance autour du lieu de la « réunion » tiraient dans le tas. C’était plus rapide, plus technique, plus moderne et plus efficace ! Plus « intelligent-ubwenge » aussi. En quelques heures, les corps des milliers de Hutu abattus comme des animaux sauvages disparaissaient nuitamment sous les flammes ou dans des fosses communes creusées à l’avance. Oui, les corps de nos parents, nos mamans, nos papas, nos frères, nos sœurs, nos enfants, des vieillards, des octogénaires massacrés par les hommes de Paul Kagame comme par plaisir, par balles, souvent à la grenade, à coups de canons, ont été incinérés à la sauvette, jetés dans des puits perdus et dans des fosses communes. Et on veut nous faire croire qu’il ne s’agit pas d’un génocide ! Lorsque deux années plus tard, en 1996 et en 1997, l’armée de Paul Kagame a traqué les réfugiés Hutu au Zaïre et qu’il en a massacré plus de trois cents mille en pleine forêt équatoriale, selon un plan élaboré par l’état-major de l’APR-Inkotanyi, cela s’appelle un génocide. Le rapporteur spécial des Nations Unies chargé d’enquêter sur le massacre des réfugiés Hutu, Monsieur Garreton a, en l’espèce, établi que ces massacres constituent des actes de génocide. Le massacre des réfugiés Hutu a été préparé et exécuté par les mêmes officiers Tutsi qui ont sévi en 1994. Les mêmes qui ont, une année plus tard, massacré 8 000 compatriotes Hutu à Kibeho en avril 1995. Il y a donc un faisceau de suffisamment d’éléments convergents, dans le temps comme dans l’espace, qui prouvent l’intention incontestable de « détruire, ou tout ou en partie, le groupe hutu comme tel » Cela s’appelle un génocide en droit pénal international. Qui ignore tout cela ? Tout le monde connaît la vérité. A Paris, à Arusha, à New York, à Washington, à Kigali, à Bruxelles, à Pékin, à Phnom-Penh, à Berlin, tout le monde sait mais fait semblant de ne pas savoir. Ou de ne voir qu’une partie de la vérité. ……Les massacreurs sont connus et ne représentent pas leur ethnie d’origine. Loin s’en faut. Ils devraient payer le prix de leur bestialité. Il n’est pas question que toute une ethnie ou tout un peuple paye à la place de quelques excités extrémistes dont le seul objectif était et reste de diviser pour régner. »

  7. Oui, très bon article. Salutaire, selon deux trajectoires parallèles : l’une, qui est de reprendre les faits et de les ordonner (ce qui n’est pas assez souvent réalisé), l’autre, qui est de mettre en relation cette volonté, à quelque niveau qu’elle fut, de cacher, de « réviser », avec la mise en danger – symbolique et réelle – que cela représente pour l’humanité toute entière, et donc, bien entendu, avec d’autres actes de négation. C’est un fait établi : motivations et techniques de négation ou révision sont identiques d’un génocide à l’autre. Plus encore : le mécanisme de négation fait partie de celui de génocide. Il en est constitutif.
    Merci.

  8. Le FPR a arrêté le génocide des batutsi en 1994. Sachez le aujourd’hui et pour toujours! Il l’a fait sans Tony Blair ni quiconque d’autre de la dynastie des ceux qui contrólent les Jésus Christ de notre pauvre continent d’assimilés! L’article comme celui de Gakunzi démontre aujourd’hui le courage et la résponsabilité de nos journalistes à écrire la verité sur ce qui s’est passé au Rwanda et les mensonges qui continuent à hanter les survivants du génocide! ça ne m’étonne pas que ceux qui prónent la théorie du double génocide lui en veulent! Osez dire qu’il n’ y a pas de preuve qui prouve la planification du génocide des batutsi est non seulement décevant mais aussi une insulte à toute la communauté Rwandaise et Africaine!

  9. Très bel article, il est important de ne pas nier les faits ou de s’embourber dans des relativismes qui tendent à minimiser ces faits.

  10. à Gakunzi: Très bon article! Je suis intimément convaincue qu’il y a eu manipulation dans l’écriture de l’histoire du génocide rwandais. Peut-être les écrivains ou journalistes ont-ils mal interpreté ce qui s’est passé? Peut-être ont-ils voulu protéger leurs sources ou leur pays comme la France pour certains? Je ne m’exprimerai pas sur les raisons, elles sont si nombreuses et tu en exposesdéjà quelques unes.

    Mais quoi qu’il en soit, nier le génocide des tustis rwandais n’est-ce pas une démagogie? Et ces morts, ces rescapés… comment expliquer les génocide des tutsi rwandais en commençant pas la mort de Havyarimana? Et ces machettes, ces gourdins, la RTLM et toute l’organisation, on expliquerait ça comment?

    Au Burundi, Ndadaye a été tué mais ses partisans comme ses opposants n’étaient pas aussi préparés qu’au rwanda. Certes il y a eu beaucoup de morts par après, chez les Hutu comme chez les Tutsi, mais au Rwanda c’est trop flagrant: comment en une nuit ont-ils pu s’organiser pour être à mesure de tuer des milliers et des milliers de personnes dites Tutsi, en si peu de temps, sans qu’ils aient rien prévu?

    Tu sais Gakunzi, je suis toujours en rage quand je vois la façon dont on traite l’actualité de l’Afrique par ici en Europe. Tu parles de ceux qui révisent l’Histoire? Facile à trouver ici en tout cas pour l’Histoire de l’Afrique Noire et pas seulement du Rwanda..

    Faut dire qu’ils l’ont tellement révisé qu’à présent ils s’embrouillent eux même et prétendent à qui veut l’entendre que l’actualité africaine n’intéresse plus personne eu Europe.

    Mais bon qu’à cela ne tienne, heureusement que des gens qui réflechissent et qui font part de leur avis, comme tu le fais, contribueront à la réécriture de l’Histoire africaine.
    Bonne continuation,

    Peace & Love

    à Macolline:
    Si j’avais plus de temps je t’expliquerai l’histoire des crabes… Mais malheureusement, faute de temps, je vais juste te suggérer de relire l’article plus posément et de méditer sur ce qu’il a écrit. Il me semble que ton commentaire affiche une volonté d’être contre l’auteur de l’article mais en lui donnant des arguments qui confirment son point de vue: justement il s’insurge en faux contre ceux qui manipulent l’Histoire en admettant pas ce qui s’est passé comme un génocide contre les Tutsi… Bonne re-lecture 🙂

  11. Bon article, qui comme toujours exaspère ceux qui ne veulent pas de la vérité. Mais cette vérité progresse au fur et à mesure que les mensonges et les brouillages révisionnistes tombent.

  12. Le négationnisme ?
    Le génocidake au Rwanda, c’est comme les armes de destruction massive en Irak. Deux thèses qui ont passionné le Monsieur Tony. Tony Blaire qui, a défendu l’attaque contre la Rwanda de 1990 jusqu’en la provocation des événements sanglants de 1994 (baptisés Génocide pour donner le pouvoir aux Tutsis du FPR. Rappelons que Tony Blaire, qui, aujourd’hui défend encore la guerre contre l’Irak devant ses juges et , qu’il est , aujourd’hui Consiellé Spécial du criminel contre l’humanité Kagame.
    Il faut ‘abord élicider l’affaire qui régitime ce généocide contreversé aujourd’ui. Il ne faut pas avoir peur d’élicider l’affaire aussi grâve, en jugeant les provocateurs, Kagame, et les 40 criminels Tutsis aujourd’hui au Pouvoir à Kigali.

  13. Contrairement à d’autres génocides, ce qui c’est passé au Rwanda, relève de l’Escroquerie Internationale. Pourquoi, les jrudictions de l’ONU ne mettent du moins la lumière sur le crime qui a déclanché ces événements ?
    Si les événements ont été planifiés et non provoqués, pourquoi, ces juridictions ne montrent pas de preuves de planifiacations ?
    Je pose ces questions au lobying tutsi , dont celui basé à la Sorbonne ! Le mot génocide n’es t -il pas devenu un passeport ou un laisser-passer, le permis de laisser pour massacrer, arrêter sans preuve, ou faire arrêter tous ceux qui politiquement deviennent gênant ?
    Nous pensons, que le siècle du mensogne est passé !

  14. Superbe article. Ils en faut plus.

    Monsieur ou Madame Foucher veillez relire le sujet de l’article, ne détournez pas les propos de l’auteur et évitez de fair la concurence des victimes, à défaut vous vous rendez complice, sans le savoir je l’espère, du négationnisme. Les crimes de guerre contre les hutus feraient assurément un sujet très intéressant, mais ce n’est pas le sujet de cet article.

  15. macolline dit:
    Article intéressant! Toutefois, deux erreurs (je l’espère en tout cas):

    Gakunzi dit :
    Il n y a pas d’erreurs dans les deux cas.

    macolline dit:
    1. Contrairement à ce que l’auteur laisse entendre, le terme « inyenzi » (cafards) avant avril 1994 voulait dire le FPR (=rebelles). C’est seulement dès le début des massacres que les tutsis tous confondus rebelles ou pas, ont été catalogués « inyenzi ». Ceci est une stratégie qui consiste à objectiver les personnes pour lever tout sentiment de culpabilité dans le chef du tueur. Les nazis ont par ailleurs utilisé la même stratégie lorsqu’ils expédiaient les juifs dans les camps de concentration.

    Gakunzi dit :
    L’utilisation du mot Inyenzi pour désigner les Tutsi date déjà des années 60. Il ne faut pas oublier que les premiers pogroms contre les Tutsi ont eu lieu en 1959.

    macolline dit:
    2. Paul Kagamé, tutsi et président du Rwanda, ainsi que son parti FPR n’ont jamais représenté tous les tutsis. Si l’ont peut affirmer que 80% des tutsis était plus ou moins sympatisants du FPR entre 1990-1994 naturellement à cause du challenge que représentait le FPR face au pouvoir dominé par les hutus, il ne faut pas oublier que les 20% qui restent ont été pourtant eux-aussi assassinés. Laisser entendre que les tutsis auraient été victime de leur propre suicide est une tentative de manipulation de l’histoire à laquelle succombe l’auteur même de cette article en laissant croire que FPR=tutsis, ce qui est FAUX!

    Gakunzi dit :
    Relisez bien l’article : je parle d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont été massacré – non pas pour ce qu’ils pensent ou leur appartenance politique – mais pour ce qu’ils sont : coupables d’être nés; et je dénonce clairement cette vision infamante, cette volonté qui vise à faire de ces exterminés des exterminateurs d’eux-mêmes par un tour de force pervers.

  16. J’aurais aimé , monsieur, que vous nous disiez un moment sur ces millions de hutu morts au cours de « crimes de guerre » dont tout un chacun sait que ce ne sont, bien évidemment, pas des actes de génocide!

    Mais sans doute considérez vous commeDominique SOPO que « Evoquer le sang des hutu , c’est salir le sang des tutsi »

    Cette phrase épouvantable et dignede « Mein Kampf », prononcée en pleine audience du Tribunal Correctionnel de Paris, a laissé de marbre le Procureur de la République pourtant présente!

    Vous pouvez donc la repreendre à votre compte sans aucun risque. Allez-y, n’hésitez pas!